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 Entretien avec…Hédéra

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dorian

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MessageSujet: Entretien avec…Hédéra   30.12.06 23:45

Fondatrice d’Aube Dianique et proche de Shekhinah Mountainwater, prêtresse américaine du courant Womenspirit.

Hédéra, peux-tu nous faire une petite biographie de toi ?

Je suis une jeune femme de 21 ans, étudiante en master d’histoire antique et spécialisée en histoire romaine. Je travaille actuellement sur les rapports entre femmes et cultes à mystères dans l’Italie de la Rome Républicaine. J’en dirais bien plus, mais il y aura encore d’autres questions ; je garde donc le reste pour celles-ci.

Qu’elle est ton parcours spirituel ?

Issue d’une famille catholique pratiquante, j’ai suivi le parcours habituel : baptême, première communion, confirmation, profession de foi. Petite fille, je voulais devenir religieuse parce que je voulais « parler à Dieu », en grandissant je me suis peu à peu éloignée du dogme officiel, tout en gardant cet attrait pour la divinité en général, et également curieuse du surnaturel et de la magie. J’ai fait la rencontre (ou plutôt la re-rencontre) déterminante de celle qui allait devenir une véritable sœur pour moi et avec qui j’ai beaucoup évolué dans ma pensée spirituelle. Nous étions issues toutes deux de familles dont les croyances et dont l’éducation spirituelle différaient énormément ; et je pense que ce facteur fut très important pour ma propre détermination. C’est à ce moment que j’ai véritablement pris un chemin différent et en suis arrivée à la Wicca à l’âge de 16 ans. J’ai eu la chance de connaître via le net une sorcière Gardnérienne Québécoise qui m’a prise sous son aile en me guidant dans mon apprentissage de la Wicca, sans chercher pour autant à m’influencer dans la voie que je me choisirais. Je me suis donc dédiée à la Wicca à ce moment là et ai continué à avancer en étant particulièrement intéressée par la tradition celtique. Ayant déjà un esprit d’historienne, je considérais que l’aspect de la cohérence historique était important, et donc la recherche d’une vraisemblance avec la civilisation celtique ancienne. J’ai fondé un petit coven regroupant des amies désireuses d’apprendre et de pratiquer la Wicca lorsque j’allais sur mes 18 ans. Cette expérience de groupe, qui dura véritablement un peu plus de deux ans ; m’apprit beaucoup sur la pratique de groupe et sur les aspects plus matériels, de gestion et d’organisation de rituels incluant plusieurs personnes. J’ai ensuite poursuivi avec seulement quelques personnes vraiment motivées, en même temps que je m’intéressais de plus en plus à la tradition Dianique. Il était devenu clair que l’argument de la vraisemblance historique n’avait aucun sens pour la sorcellerie contemporaine, Wicca ou tout autre type de reconstructionisme ; d’autant que la Wicca est véritablement un phénomène datable uniquement à partir du 20eme siècle avec Gardner, elle n’est pas l’Ancienne Religion des Celtes ni de qui que ce soit, même si elle englobe l’essence du folklore européen, des celtes aux italiens en passant par les germains. A partir de là, j’ai vu la Wicca comme une spiritualité, un mode de vie puisant ses racines dans le passé, mais résolument tournée vers l’avenir. J’ai conçu moins de scrupules à intégrer des divinités de civilisations diverses comme cela se fait dans la tradition Dianique ; puisque la Déesse est Une, quel que soit son nom. J’avais vécu des moments très difficiles et j’avais besoin de me retrouver en tant que Femme, de trouver une harmonie en moi-même comme en dehors de moi-même. C’est ce que la tradition Dianique m’apporta. J’avais trouvé la voie qui me renvoyait un écho avec ce que je ressentais, avec ce qui me semblait équilibré et bénéfique tant au niveau spirituel/magique que psychologique. Ainsi je dirais qu’en plus d’être une spiritualité et un art magique, la tradition Dianique est une thérapie de bien-être. J’avais connu une auto-initiation au 1er degré Gardnérien à l’âge de 18 ans, j’ai reçu le 2eme des mains d’un initié de la filiation à mes 20 ans ; malgré mon engagement déjà fort dans le Dianisme. Dès lors, après avoir cheminé à la fois ensemble et dans des directions différentes ; l’amie que j’ai évoqué s’est tournée à son tour vers la tradition Dianique et depuis nous pratiquons et avançons ensemble. Lorsque je me suis sentie assez prête pour cela, j’ai ouvert la communauté internet « Aube Dianique » afin de donner l’opportunité à des personnes ne comprenant pas l’anglais d’avoir accès à des textes traduits ou d’informations sur la tradition Dianique, de même que de trouver un lieu où en discuter plus spécifiquement. J’ai par ailleurs été épaulée dans cette tâche par Shekhinah Mountainwater, prêtresse du courant Womanspirit ; à qui je dois beaucoup et qui m’a prise sous son aile, me considérant un peu comme son héritière en Europe. Cette confiance qu’elle m’a accordé a été très importante pour moi, notamment pour me donner plus de confiance en moi-même justement. Lorsque mon amie a souhaité se faire initier dans la tradition Dianique ; j’en ai profité moi aussi pour l’être dans cette tradition, puisque jusqu’ici je l’étais uniquement dans la tradition Gardnérienne.
A vrai dire, je ne pense pas qu’il soit utile de collectionner les initiations dans différentes traditions ; les initiations Gardnériennes étaient pour moi des initiations en tant que prêtresse et sorcière, elles suffisaient, alliées à mes connaissances de la tradition Dianique, pour être prêtresse en cette tradition. Néanmoins, j’ai apprécié cette initiation Dianique comme une sorte de déclaration et acte officiel entérinant mon engagement.
Depuis lors, je continue à pratiquer de concert avec mon amie, de poursuivre mon apprentissage (qui ne s’arrête jamais en fin de compte) et de m’occuper de la communauté d’Aube Dianique autant que le temps dont je dispose me le permet.
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dorian

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MessageSujet: Re: Entretien avec…Hédéra   30.12.06 23:46

Tu représentes en France le courant Dianique, c’est une tradition que l’on connaît encore mal dans notre pays, en quelques mots, qu’est-ce que le Dianisme ?

La tradition Dianique, contrairement aux autres traditions de la Wicca en général ; ne prend en compte que la Déesse, tant dans les rituels que dans sa cosmogonie. Non pas que le principe masculin soit nié, loin de là ; mais il est en vérité intégré à la Déesse, qui est considérée contenir autant le masculin que le féminin. C’est je pense, la caractéristique la plus marquante de la tradition Dianique et c’est ce qui nous rapporte souvent des critiques, selon lesquelles la tradition Dianique serait déséquilibrée car mettant de côté le Dieu. Comme je l’ai dit, la tradition Dianique, au contraire ; est fortement équilibrée et est toute en subtilités. La Déesse y est Une et Multiple, Elle est tous les potentiels qui existent à la base de toute chose ; elle est l’harmonie et les contraires ; elle est Triple Déesse et plus encore ; Elle est l’Amante, la Muse, la Reine, l’Enfant … et elle est en nous. Nous sommes la Déesse.
La tradition Dianique, parce qu’elle insiste sur tous les aspects de la vie de la femme et de la vie en général ; donne autant de noms à la Déesse qu’il en existe dans le monde. La tradition Dianique ne suit pas un panthéon spécifique, et ne cherche pas à recréer des rituels dit « ancestraux ». Si elle s’appuie sur un idéal ancien remontant à des civilisations matriarcales telles celle qui a pu exister dans la Crête Minoenne, ce n’est pas une tradition reconstructionniste. Le Dianisme cherche à puiser dans les richesses mythologiques du monde, comme autant de reflets de la nature divine et humaine. C’est une tradition fortement ancrée dans l’importance des contes, des légendes et des mythes ; puisque les mythes sont un fond culturel puissant dans les psychés et que nous y sommes tous rattachés, quelqu’en soit notre niveau de conscience. C’est aussi pour cela que la tradition Dianique encourage la créativité de chacun, que ce soit dans les domaines artistiques ou les initiatives de la vie quotidienne. Le Dianisme réclame notre pouvoir, ce pouvoir que l’on a et qui fait changer les choses, qui font que les femmes sont puissamment créatrices et libres. Ainsi, la tradition Dianique n’a pas de « rituels officiels », avec une gestuelle et des rites « sacro-saints ». Comme toute tradition, et pour éviter le plus grand chaos, il y a des standards, des méthodes pour procéder à un rituel ; mais leur contenu est toujours laissé aux mains des organisateurs sans qu’ils se sentent obligés de s’en tenir à un fonctionnement irrévocable. Quant aux rituels à proprement parler, tout comme dans la Wicca en général ; elle fête les 8 sabbats ainsi que les esbats ; et possède qui plus est de nombreux rituels relatifs aux différentes phases de la vie ; comme la naissance, les premières menstruations, l’union, la ménopause, la mort …
La tradition Dianique n’est pas uniforme, dès les débuts, plusieurs courants se sont formés, qui toutefois tendent à se rapprocher avec le temps, à s’influencer les uns les autres. En définitive, on retrouve en général une recherche d’égalité entre toutes ou tous (selon que les groupes acceptent ou non les hommes), cela passant par une absence de hiérarchie, ou du moins le moins de hiérarchie possible. L’initiation fait la sorcière et prêtresse ; il peut y avoir des grandes prêtresses qui ne sont pas tant des dirigeantes que des personnes fortement impliquées dans la communauté et qui sont aptes à encadrer des communautés et des grands rituels ; et avant tout des personnes expérimentées et de valeur, de par leurs connaissances et leur cheminement.
Comment aussi évoquer la tradition Dianique sans parler de féminisme ? Lorsque le courant a pris une forme bien définie autour de Z. Budapest, nous sommes dans le début des années 70, en plein boom féministe et de l’émancipation de la femme. La tradition Dianique s’explique ainsi cette volonté de n’honorer qu’une Déesse, puisqu’elle a été trop longtemps délaissée au profits de divinités masculines et patriarcales ; de même que de refuser majoritairement les hommes en son sein ; non pas tant par haine des hommes, mais par besoin de se retrouver entre femmes pour honorer les différents moments de la vie de la femme ainsi que les mystères féminins qui lui sont propres. En effet, comme la Wicca en général, la tradition Dianique est une tradition à mystères ; mais des mystères directement liés aux femmes, tels qu’il a pu en exister à l’Antiquité, où les femmes peuvent se sentir libres entre-elles de s’honorer et de trouver un cadre à l’expression de leur féminité.

Tu es la fondatrice de « Aube Dianique », quelles sont les particularités de ta tradition ?

Mis à part ce que j’ai déjà dit de la tradition Dianique en général, je suis une tradition acceptant la présence d’hommes, sans renier le besoin pour les femmes de se retrouver entre elles pour des mystères féminins. Je pense que 30 ans après la période de l’émancipation féminine, il est temps de s’ouvrir plus aux hommes. En effet, après le besoin de se retrouver entre femmes et réclamer notre pouvoir, il nous faut à présent construire quelque chose de concert avec les hommes. Rester fixé sur un compartimentage des genres n’est pas une solution ; cela ne fait jamais que perpétuer ces tensions et ces rapports de force entre hommes et femmes. A présent que les femmes ont réclamé la Déesse pour Elles, les hommes devraient eux aussi pouvoir La réclamer. Elle est autant Déesse pour ses filles que ses fils ; nous sommes tous issus d’Elle et Lui sommes donc tous partie intégrante. Les femmes avaient besoin de renouer avec leurs parts masculines que la société leur avait longtemps refusé, il en va de même pour les hommes et leurs parties féminines. Ceci me semble-t-il répond bien à la question de l’équilibre dans la tradition Dianique.
Nous vivons actuellement à une époque qui de plus en plus, accepte une vision des hommes moins dominatrice et leur permet enfin de devenir eux-mêmes, des humains avec leurs forces et leurs faiblesses. Enfin, on en arrive à moins considérer que les hommes « ne doivent pas pleurer, doivent être forts ». Les femmes peuvent être fortes et indépendantes ; tout comme les hommes peuvent être sensibles et intuitifs. La tradition Dianique doit pouvoir s’ouvrir à ces hommes désireux de connaître la Déesse en eux, se dégager de la considération dualiste homme/femme que l’on retrouve finalement jusque dans la Wicca non Dianique qui fait du couple Déesse/Dieu un couple d’archétypes parfaits des genres féminins et masculins, donnant des exemples de principes mais pas de vision de la nature féminine ou masculine. Les wiccans avertis à n’en pas douter, dépassent cette vision simpliste ; toutefois, j’ai pu constater de certains hommes wiccans cette tendance à vouloir s’identifier au Dieu de manière exclusive, tel un modèle de leur nature. Je n’ai pas de critique à formuler à l’encontre de la Wicca non Dianique, mais à ceux qui ont de telles considérations ; qui rendent la Wicca non Dianique plus déséquilibrée que le soit-disant déséquilibre de n’honorer qu’une Déesse en excluant la figure masculine. Puisque je suis lancée, et je sais que je m’éloigne un peu du sujet, pourtant il me semble que ce soit utile ; à nous tous qui connaissons la communauté Wiccane et païenne en général, combien tombent dans les clichés de l’homme/Soleil/Thor et de la Femme/Lune/Freya ? La Wicca, le paganisme ; pour moi a un autre sens que « Moi Tarzan, toi Jane ».
Alors ma tradition se veut créatrice, honorant la Déesse pour ses aspects masculins et féminins, nous honorant nous-même en tant que Déesse et nous poussant à nous épanouir en fonction de toutes nos qualités, et non pas uniquement celles que la société considère comme bonne pour une femme ou un homme. Ma tradition a un profond respect pour la Terre, notre Mère ; et la Nature. Elle s’inspire du passé tout en étant conscient du présent que l’on vit ; et est en constante évolution ; car il n’y a rien de pire qu’une croyance et des pratiques figées pour rapidement tomber dans des excès et un manque d’esprit critique, sans lequel on ne peut être libre. La tradition Dianique ne fournit pas de dogme à suivre ; mais cherche à recentrer le pouvoir en soi et au sein du tout qui est œuvre de la Déesse. C’est finalement pour cela que la Wicca Dianique admet divers courants ; puisque l’un de ses grands principes est ce refus d’imposer une seule et unique ligne de conduite à suivre; mais plutôt l’inébranlable certitude que seuls la libre pensée et l’esprit critique peuvent donner naissance à une démarche réellement bénéfique.
Ma tradition, ou au moins ma manière de voir les choses, une manière d’historienne ; fait aussi que je refuse les arrangements avec l’Histoire pour lui faire dire tout et n’importe quoi, surtout les choses qui nous arrangent. La Wicca Dianique n’est pas exempte, comme les autres courants de la Wicca, de ce phénomène. Je m’oppose tout à fait aux sempiternelles plaintes contre le si mythique « temps des bûchers », « chasses aux sorcières » et autre âge d’or où les femmes faisaient régner la paix jusqu’à ce que de méchants hommes viennent tout détruire et réduire les femmes en esclavage durant tant de siècles. Les mythes sont fondamentaux pour la Wicca Dianique, mais il faut savoir séparer les mythes porteurs d’enseignements de l’Histoire à proprement parler. En vérité, elle est souvent plus décevante que ce que l’on s’imagine ou espère. C’est un effort de savoir reconnaître les limites de ce en quoi on aimerait croire, mais en fin de compte il s’agit bien d’une richesse. Car la sagesse ne se fait pas sur des bases illusoires, mais bien sur une conscience des réalités.
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dorian

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MessageSujet: Re: Entretien avec…Hédéra   30.12.06 23:46

Dans le Dianisme on parle de la Déesse mais le Dieu semble absent, est-ce que tu pourrais préciser les rapports entre La Déesse, le Dieu et le principe de polarité ?

J’en ai déjà bien parlé avant, car il est absolument impossible d’évoquer la tradition Dianique sans expliquer cette partie fondamentale sur la nature de la Déesse et du Dieu. C’est en général sur cet aspect que la tradition Dianique est la plus mal comprise, et c’est ce qui fait que de nombreux préjugés ont la vie dure.
Je le redirai donc plus spécifiquement; le Dieu n’est pas évoqué car dans la tradition Dianique; la Déesse se pose comme un principe immanent, primordial; contenant en son sein à la fois le féminin et le masculin. De nombreux mythes rapportent très bien ce concept; aussi je donnerai l’exemple du mythe de Cybèle et d’Attis qui est très parlant. Cybèle est la Magna Mater de l’Orient Antique; elle règne sur la génération et sur la croissance des plantes et des animaux. Dans son mythe lui est associé le jeune Attis, qui est également son amant. L’histoire veut que suite à une infidélité de la part d’Attis, celui-ci, pour se punir de son geste s’émascula et en mourut. Cybèle, la Grande Mère le ramena à la vie sous la forme d’un pin; elle qui a reçu le sang de son amant en son sein (la terre) et termine le cycle de la naissance, vie et mort en lui rendant la vie sous une forme nouvelle. On voit que Cybèle est bel et bien au commencement et à la fin; d’elle vient Attis, à elle il retourne et revient à la vie par elle. Elle contient le principe masculin avant même que celui-ci ne naisse et ne cesse jamais d’exister ; que celui-ci soit à ses côtés ou qu’il soit en elle par la mort. Il ne serait par contre pas concevable qu’Attis puisse être séparé de la Grande Mère, son existence en elle-même est à jamais liée à celle de Cybèle.
C’est ainsi que la tradition Dianique considère la Déesse, et par là même le Dieu. Il est clair que la Déesse de la tradition Dianique est cette Déesse qui contient tous les principes, la Déesse qui a toujours existé et qui vivra toujours, entière en elle-même. Je pourrais encore ajouter à cela le mythe d’Adonis, mais en réalité Attis et Adonis sont très proches et expriment les mêmes choses. Il ne faut pas pour autant comprendre que le principe masculin est regardé comme inférieur au principe féminin; parce qu’on est en présence de Grandes Déesses accompagnées de “petits parèdres” ; il faut plutôt voir l’exemple de la Grande Déesse dans son tout de laquelle est née le principe masculin mis en avant dans ces mythes. En aucun cas la tradition Dianique ne déclare une quelconque suprématie d’un genre ou l’autre; le message à comprendre serait plutôt que si nous sommes tous issus de la Déesse, si hommes comme femmes indistinctement sommes Ses enfants; alors nous sommes libres de faire vivre en nous nos aspects masculins ET féminins; en se détachant de ce qui est généralement considéré comme appartenant au genre spécifiquement féminin, ou au genre spécifiquement masculin. Nous sommes la Déesse, dans notre tout; à Son image.

A vingt-et-un ans n’est pas parfois difficile d’être leader d’une communauté comme la tienne ?

En vérité, je ne me sens pas être la « leader » d’une communauté. Sur Aube Dianique, nous sommes en tout et pour tout 28 participants, plus ou moins impliqués dans la tradition Dianique. La communauté grandit peu à peu certes, mais le terme de “leader” me semblerait trop fort pour le moment; et quand bien même, cela évoque un statut de direction que je n’ai pas. J’ai ouvert la communauté d’Aube Dianique, j’apporte ma contribution autant que je peux et je partage volontiers ce que je sais. Je sais que chacun reste libre de faire selon sa volonté, et je ne prétends pas devenir une chef.
Néanmoins, si on prend cela comme le fait que j’ai introduit la tradition Dianique en France par le biais d’Aube Dianique et des responsabilités que cela incombe; en effet parfois ce n’est pas facile. Il y a l’âge bien entendu, qui ne représente pas communément une idée de maturité, une sagesse et des connaissances qui sont de fait reconnues à une personne qui a plus d’années. Le fait d’être étudiante en master, de devoir préparer un mémoire rend aussi les choses plus difficiles, étant donné que je dois y consacrer beaucoup de temps, du temps que j’aimerais employer aussi pour la communauté Dianique. Il n’est finalement pas facile de jongler entre les deux. De fait, il faut tout de même assumer ce que j’ai commencé, ce que je fais volontiers. Je suis comme tout le monde, j’ai mes moments de doute, de craintes sur l’avenir, de questionnement sur ce que je fais. J’ai heureusement la chance d’avoir des personnes auprès de moi pour me soutenir et m’encourager, pour me dire les effets positifs de mon travail; je vois alors le bien fondé de ce que je fais et je suis heureuse. Ca vaut de surpasser toutes les craintes qui peuvent exister.
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dorian

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MessageSujet: Re: Entretien avec…Hédéra   30.12.06 23:47

Que signifie pour toi être prêtresse Dianique ? Comment as-tu ressenti ton initiation ?

Etre prêtresse a un double sens. Il y a le sens personnel; celui qui nous engage vis à vis d’une ou plusieurs divinités. Je suis la prêtresse de la Déesse, je veille à célébrer ses fêtes; je garde vivante son esprit par les légendes, par les contes, par la musique ou l’écriture, je l’honore en voyant un ciel étoilé ou lorsque je me promène avec elle. Etre prêtresse Dianique, c’est vivre avec la Déesse et la reconnaître dans son quotidien. C’est une série de petites et grandes choses qui témoignent de son engagement vis à vis d’Elle.
L’autre signification de la prêtresse Dianique, et une signification assez spécifiquement Dianique ; est l’engagement qu’elle tient dans la communauté. La tradition Dianique fait volontiers la différence entre la sorcière et la prêtresse; quoique les deux aillent souvent de paire. La sorcière est celle qui agit, seule ou à plusieurs; qui utilise la magie selon l’Ethique Dianique. La prêtresse est celle qui assumera un rôle dans la communauté, qui guidera des rituels, qui s’engagera. Cette symbolique de la prêtresse renvoie directement au rôle ancien des prêtresses de l’Antiquité qui étaient les représentantes du peuple devant les dieux. En somme, elles exerçaient un rôle religieux pour le profit d’une communauté, dans une sphère dépassant la conviction et les actes privés. Il s’agit d’un débat en soi pour savoir si une sorcière peut être prêtresse si elle ne fait pas partie d’une communauté ou si elle ne s’engage pas au sein d’une communauté. Mon avis est que l’aspect de la prêtrise dans le sens personnel est tout aussi important, et qu’il n’y a pas de raison à ce que cela soit une barrière quant à être prêtresse. Ce souci de délimitation des rôles dans la tradition Dianique, ou les traditions féminines n’est pas suivi par tous; et l’opinion la plus courante est que la sorcière est de fait prêtresse lorsqu’elle conduit un rituel.
L’initiation est un moment spécial qui est important comme un rite de passage, la prise solennelle d’un engagement; et qui est toute particulière, une expérience unique. C’est un moment de communion avec la Déesse; il est difficile de décrire ce que j’ai ressenti lors de mon initiation; c’est une expérience qui se vit mais ne se décrit pas facilement. J’ai ressenti une présence, une force; et ensuite de la fierté, bien entendu. Il est heureux finalement que cette expérience soit difficilement descriptible ; ça permet ainsi d’en garder tout le charme et le mystère.

Comment pratiques-tu ta spiritualité ?

J’ai déjà un peu parlé de cela dans les questions précédentes; je fais les sabbats et les esbats, j’ai un autel personnel sur lequel j’allume bougies et encens quotidiennement, ainsi la Déesse a une place particulière chez moi. L’autel personnel est une manière d’honorer la Déesse et aussi de s’honorer soi-même, c’est quelque chose de spécifique à chacun, fait selon l’inspiration, le ressenti ou même selon la saison. C’est le reflet de sa spiritualité, de ses états d’âmes, de son coeur. Rapidement, cela devient une place magique à part; le lieu où on peut se retrouver face à la Déesse en intimité.
Je compose parfois des textes, des poèmes, des rituels, des chants, des objets qui se rapportent à Elle; tout cela est aussi une manière de vivre sa spiritualité. La spiritualité Dianique, comme la spiritualité Wiccane en général ; ne se vit pas uniquement quelques jours de l’année ou du mois; c’est quelque chose qui nous accompagne dans le quotidien, pour autant qu’on ait besoin de courage, de force, de protection de la Déesse. Tout ce qui nous entoure porte la marque du divin, ainsi un petit geste peut prendre une dimension spirituelle si on y met ce regard. Marcher dans un pré ou dans une forêt est pour moi une partie de ma spiritualité; car je suis alors une avec la Terre notre Mère; je pense que pour moi, pratiquer cette spiritualité est une quête constante de l’harmonie, de la paix, et de l’équilibre.

Que représente pour toi la magie ? La Wicca ?

La magie est inhérente à la croyance et la spiritualité, toutes les religions sont empreintes de magie ; même les monothéismes. Tous s’appuient sur des rituels, sur des actes “sur-naturels” symboliques ou réels. Pour moi la magie est cette force qui habite tout être vivant, la magie est dispersée et l’on peut y faire appel quand le besoin s’en fait ressentir; pour la santé, pour vaincre des peurs, pour s’aider dans sa vie quotidienne. C’est quelque chose de naturel, qui n’est en rien diabolique, contrairement à ce que des siècles ont répété. Ou justement, on l’a diabolisée parce qu’elle vient de la Nature, cette nature si longtemps crainte comme étrangère à l’Homme et soumise à tous les excès. La magie à la base n’a pas de couleur, elle est neutre. On en fait ensuite ce qu’on veut, on peut lui faire faire le meilleur comme le pire; la magie est innocente, nous seuls sommes responsables de sa bonne ou sa mauvaise utilisation. C’est pour cela que la Wicca insiste tellement sur l’éthique de la magie, car il n’est pas anodin de chercher à l’utiliser. Cela nous renvoit à notre propre conscience et exige que l’on se connaisse assez soi-même. La Wicca possède la loi du triple retour; qui dit que le mal que l’on fait nous est rendu trois fois. Personnellement, je ne crois pas vraiment en cette loi; le 3 est bien un chiffre sacré, mais en ce cas cela me semble plus symbolique, tout en faisant oeuvre de garde fou. Je serais plutôt encline à penser que le bien comme le mal nous est renvoyé dans une proportion égale, et cela selon la loi de Thémis; déesse grecque de la Justice. La Justice en effet tient la balance de l’équilibre ; le bien comme le mal ne pourrait être rendu trois fois sans déséquilibrer cette Justice. Par ailleurs, si la Justice est un principe d’ordre de la sphère divine ; Elle distribue le dû de chacun sans chercher à l’amplifier. Thémis est une figure qui a partie intégrante dans la tradition Dianique et Z.Budapest y consacre un bon paragraphe; cela me conforte dans cette idée. Par ailleurs, les Dianiques considèrent qu’une sorcière qui ne sait pas maudire est une sorcière qui ne peut pas bénir; cela sous-entend que tous les aspects de la magie sont bons à connaître et à utiliser avec sagesse. On ne peut pas enfermer notre côté sombre, ce sera nier une partie de la Déesse et mal comprendre la Wicca, qui recherche un équilibre des principes. Ainsi, il peut être juste parfois de maudire, comme il peut être injuste de vouloir certaines choses que l’on juge bonnes. C’est plus spécifique à la tradition Dianique comme je le disais; cela laisse l’entière liberté entre les mains de la sorcière, qui en contrepartie doit rechercher toujours la sagesse, et une approche saine et consciente de la magie.
La Wicca quant à elle n’est pas une magie spécifique ; c’est une croyance, des pratiques diverses qui forment le tout qu’est la Wicca. La Wicca représente donc pour moi une philosophie, un art de vivre, une communauté, une appartenance spirituelle.
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MessageSujet: Re: Entretien avec…Hédéra   30.12.06 23:48

Quelle est la signification du mot Hédéra ?

Hédéra est le nom latin du lierre, qui est pour moi comme mon “végétal-totem” ; symbole de féminité, de la spirale de vie et de mort, qui sait se dérouler du dedans au dehors et vice versa. C’est aussi un très beau végétal et l’adage qui lui est donné : “Je meurs où je m’accroche” me parle aussi.

Es-tu féministe ?

Il est difficile d’être Dianique sans être féministe, étant donné l’importance que le féminisme prend dans la tradition Dianique. Je suis une féministe modérée je dirais, ou bien de la nouvelle génération. Après l’émancipation de la femme; il est temps de se pencher l’aspect égalitaire homme/femme du féminisme plus que sur les revendications uniquement centrées sur le droit des femmes; quoiqu’on n’ait pas encore terminé avec cela. Beaucoup de monde conçoit le féminisme comme des amazones au mieux, ou des bandes de furies qui veulent castrer les hommes et leur devenir supérieure. Dans tous les cas, on ne peut pas construire une société heureuse sur la base d’une quelconque position de supériorité/infériorité. Je suis une féministe qui réclame l’égalité des droits et dans la vie sociale; de même que je réclame la féminité. L’émancipation féminine des années 70 a donné le droit au port du pantalon et de plus en plus; les femmes se sont masculinisées. L’émancipation n’est pas ça, selon moi. Ce ne peut être qu’une première phase; celle où on a besoin de secouer ses chaînes et les briser.Mais comment des féministes pourraient elles vouloir se calquer sur ceux qu’elles ont tant décrié et renié? A présent, on remarque que le contraire se produit; et que montrer sa féminité est de moins en moins aisé. Parce que l’émancipation qui a libéré les moeurs a ouvert la porte à la pornographie, à une vision de la femme “libérée-***”. Et montrer sa féminité est ressenti à présent souvent comme un appel à cette signification. C’est désolant; la tradition Dianique cherche à aider les femmes à apprivoiser cette féminité, non la fuir. Aussi, à présent je conçois le féminisme comme la nécessité de réclamer sa féminité, le droit d’être une femme sans être une inférieure, le droit de ne pas devoir singer les hommes; afin de ne pas tomber dans les mêmes travers que ceux des siècles passés et enfermer plus encore la femme dans des rôles dont elle ne pourrait plus sortir.

Tu es affiliée depuis peu à la Ligue Wiccane Eclectique, quelles sont tes premières impressions sur cette organisation ?

Je n’ai malheureusement eu que très peu de temps de véritablement m’impliquer dans la LWE, aussi je ne sais si je pourrais avoir un jugement suffisamment construit. Néanmoins, l’esprit qui l’anime me semble sérieux et prometteur. Des traductions y sont faites, des traditions jusqu’ici peu ou pas connues trouvent un endroit où se rendre plus visible dans le milieu francophone, et la LWE est dotée de personnes très motivées et impliquées. Je ne peux lui souhaiter qu’une bonne continuation et que tous les germes prometteurs donnent de beaux arbres.

Est-ce que tu aimerais ajouter un dernier mot pour conclure cet entretien ?

Je vois que je me suis beaucoup étendue en général dans mes réponses, mais j’ai jugé que cela était nécessaire pour donner des réponses les plus complètes possibles. J’espère en tous cas qu’il ne s’en trouvera pas trop pour être découragés par la longueur de l’entretien; mais j’espère sincèrement avoir fourni une bonne synthèse de la tradition Dianique. Si je peux ainsi contribuer à faire connaître cette tradition, et surtout faire tomber certaines idées reçues; alors je ne pourrai être que contente. Je remercie aussi ceux qui ont assez foi en moi pour me soutenir et m’avoir confié cet entretien destiné à mieux faire connaître la tradition Dianique.
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